Le 27 mai 1997, quelques jours avant le déroulement des élections communales du 13 juin 1997, je publiais l’article suivant:
Aéroport Mohamed V à Casablanca. Les passagers descendent de l’avion qui vient de s’immobiliser. Parmi eux, une dame d’un certain âge, habillée à l’occidentale, arrive à la dernière marche. Elle s’arrête, s’agenouille et embrasse le tarmac. Le visage rougi par l’émotion, les yeux larmoyants, la dame était indifférente aux regards des autres. Elle avait la mine réjouie, fière du geste qu’elle venait d’accomplir. De l’affection qu’elle venait d’exprimer pour le pays dont elle venait de fouler le sol. Quelle que soit l’appréciation qu’on peut faire d’un tel acte, il est clair qu’il était sincère, traduisait le bonheur d’une retrouvaille, d’un retour, célébrait des souvenirs. Il est connu que notre pays exerce sur les coeurs et les consciences un magnétisme affectif fort et parfois indescriptible. Cela peut sembler ringard de tenir ce genre de propos. Mais loin de tout chauvinisme, de tout patriotisme de circonstance, de tout nationalisme étroit, la dimension affective doit aussi déterminer l’action politique. Or de l’aveu de tous, ce pays que nous aimons tant, se trouve empêtré dans une situation délicate. Il est confronté à des défis importants, vitaux. Pour s’en sortir, il a choisi une voie consensuelle. Celle de la construction démocratique. Pas à pas. Jalon après jalon. Pour y arriver, de nombreuses années de formation et d’apprentissage, sont nécessaires. Pour réussir, l’engagement de tous est indispensable. Mais ces bonnes paroles, ces précautions, ces considérations objectives, rationnelles et claires butent sur des logiques négativement manoeuvrières, sur des ambitions malsaines. Sur des appareils qui ont des logiques et des visions qui tranchent avec le bon sens. Alors, paradoxe ? La démocratie tue-t-elle la démocratie ? L’ouverture de l’espace politique ne peut-elle profiter qu’aux adversaires de la démocratie ? Lisons ce qu’en dit G. Halimi dans son livre « l’embellie perdue » : « En vérité, les partis, de courroie de transmission entre les électeurs et l’Etat, se sont mués, par leur fonctionnement, leurs procédures, en filtre de la volonté générale, puis en écran entre elle et l’Etat, et enfin en réseau de pouvoir pour tenir le pouvoir. Leur évolution et leur exigence de discipline, renforcés par un centralisme implacable, ont accru le fossé entre eux et l’ensemble des citoyens, dépossédés du pouvoir de choisir des représentants de la société civile, dont l’initiative, la compétence, les facultés créatrices apporteraient une autre vision, un autre projet de société ». Elue députée en 81 dans un pays démocratique, sous la bannière socialiste, G. Halimi sait de quoi elle parle. Elle termine son constat par cette conclusion : « Je sais bien. Si l’on refuse le système, il faut en sortir. Si la conscience est blessée, s’en aller. Mais le dilemme est-il aussi simple ? »




Ce qui me tue c’est que j’ai l’impression que le temps n’a aucune emprise sur nous. Ou peut être voulons-nous le croire.
Ton article d’il y a 12 ans reste d’une actualité criante.
Dans la même veine, j’avais lu, à sa sortie, le bouquin « Origines » d’Amine Maalouf. J’ai été scotchée en lisant certains passages du discours de son grand-père à New York fin 19ième siècle (1896 si ma mémoire est bonne). Dans ce discours il parlait de la situation des pays Arabes. Eh ben, sa descrption n’a pris aucune ride. C’est affligeant.
Le bouquin « Le monde arabe de l’empire Ottoman à l’empire américain : un siècle pour rien ». Les trois auteurs y analysent la situation du PO particulièrement le Liban.
Là aussi, même constat.
Je finis par croire que Ibn Khaldoun avait raison « notre Histoire est cyclique ». Il faudra quand même qu’on se décide un jour à la rendre « accumulative ». Le fameux apprentissage auquel tu faisais allusion.
Oui marocaine, cela n’est pas rassurant. Par contre, je ne sais pas pour toi, mais moi j’ai changé (et je ne parle pas seulement des rides!). Mon engagement politique actif s’est effacé et je ne suis pas le seul dans ce cas!
Aucune issue honorable à l’horizon …du colmatage circonstantiel et évènementiel , comme toujours . Un hypersouk où les voix s’échangent , se vendent , se bradent.
À gauche , comme à droite : des promesses et des billets..circulent , s’entrecroisent , s’affrontent , s’entrelacent et se séparent , avec un sourire entendu et moqueur .
Qui berne qui ? Un jeu dangereux , une comédie sans suite …un complot contre ce qui est supposé être la voie royale vers plus de démocretie . Je ne pense pas …des habitudes cultivées , encouragées , à une époque connue , et qui ont fini par prendre racine …devenues habitudes et us et coutumes …
Comme rien n’est statique et tout est mouvement et transformation..les Marocains d’il y’a 12 ans , ne sont pas les Marocains d’aujourd’hui , ils connaissent plus et donc , demandent plus…et les acquéreurs des voix , logiquement , doivent faire de la valeur ajoutée ..( n’oublions pas qu’ils sont épiciers dans leur tête ), donc leur griffe et leur accord oral coûteront plus chers ..et ce sont ceux qui bradent leurs voix , aujourd’hui , qui vont avoir à payer … certains services plus chers que d’habitude , demain .
Mais qui pense au demainisme à part Mohamed Aziz Lahbabi qu’Allah ait son âme en Sa Sainte Miséricorde .
Le fléau , la source de tous nos malheurs , c’est le sous -déveleppement ..avant d’aller vers plus de démocratie , tordons le coup à cette calamité . Comment ? Il y’a des gens payés avec nos impôts pour répondre à cette petite question .
Si tu savais Taha. J’ai pris des rides, des cheuveux blancs aussi et un éloignement de la famille. Et j’ai changé surtout ces 6 ans dernières années.
Certes, le pays bouge on ne peut pas le nier. Mais, dans le fond rien ne bouge. C’est toute la contardiction et c’est ce qui fait d’ailleurs que ça ne pète pas. Car tout en faisant du sur place (pour les fondamentaux) on a l’impression de bouger (grâce à un certain dynamisme économique).
Ben oui à force de tourner en rond on finit par se lasser. Pour garder la moivation il faut que des réalisations se fassent, il faut voir ne serait-ce qu’en partie et même une infime partie de ce pour quoi on se bat se concrétiser.