Krugman et la leçon espagnole

Paul Krugman, Professeur d’économie à Princeton et prix Nobel 2008 était en visite en Espagne ces derniers jours. Il a donné des conférences à Madrid et Séville devant des auditoires formés de responsables publics et privés. Son langage a été le même, cru et sans détours à l’égard de l’économie espagnole : mal en point et sans horizons !

Toute la presse espagnole s’est faite l’écho de ses déclarations. Dans un entretien donné au journal El Pais, il précisait encore davantage son jugement en répondant au journaliste qui lui demandait ce qu’il y avait à faire : « Cela va être dur. Ce qui effraie dans la situation en Espagne c’est qu’il n’est pas clair du tout quelle sera la stratégie d’ajustement à cause de son appartenance à l’Europe. Tout ce qu’elle peut faire est d’atténuer les effets de la crise. Si l’Espagne ne faisait pas partie de la zone euro, la dévaluation aurait pu aider, mais cette option n’existe plus, la politique budgétaire est trop limitée pour les pays de l’UE, comme est également limitée la capacité d’agir sur le système financier alors que les banques espagnoles se sont révélés être relativement en bonne forme. Vous pouvez prendre des mesures pour limiter l’impact de la crise sur le chômage. Mais il ne reste à l’Espagne qu’à espérer une reprise européenne. »

Il y est allé fort. Mais voilà qu’il récidive dans sa « colonne » sur le New York Times de ce lundi : « L’Europe se révèle structurellement faible en temps de crise. La plus grande question est que va-t-il arriver à ces économies européennes qui ont explosé dans le contexte de l’argent facile il y a quelques années, l’Espagne en particulier.
Pour la majeure partie de la dernière décennie, l’Espagne a été la Floride de l’Europe, son économie dopée par un énorme boom immobilier spéculatif. Comme en Floride, le boom a tourné à la faillite. Maintenant, l’Espagne doit trouver de nouvelles sources de revenus et d’emplois pour remplacer les pertes d’emplois dans la construction. » Et plus loin : « l’économie européenne dans son ensemble est déprimée et tend vers la déflation pour les années à venir. »

Ainsi parla le professeur Krugman de l’Espagne et de l’économie européenne.

N’aurions-nous aucune leçon à tirer de ces prédictions de ce côté-ci de la méditerranée ?

Allons-nous continuer de nous réjouir du fait que, finalement, nous ne sommes que des petits non concernés par les crises des grands ?

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