Le Climat de Marrakech à Copenhague

Cet article est paru mardi 29 septembre dans le journal L’Economiste sous une forme raccourcie. En voici la version originale.

De G. à D. : Secrétaire exécutif, Ambassadeur iranien président G77, Délégué Maroc, Ministre Afrique Sud, Commissaire européenne, Ministre Suisse

Le 11 septembre 2001 dans la grande salle de réunions de la Wilaya de Marrakech, la stupeur et l’incrédulité gagnent les visages à mesure que l’information se répand. Les hauts responsables qui participent à la réunion s’échangent des regards interrogateurs, interloqués. L’information se confirme : il s’agit bien d’attentats perpétrés par des avions contre des tours à New York. L’heure est grave. Le conseiller du Roi qui présidait la réunion décide de lever la séance.

Ce jour là, personne ne pouvait prévoir quelles suites allait avoir le processus d’organisation de la grande conférence de Marrakech sur le climat, objet de la réunion dans la Wilaya de Marrakech, ce 11 septembre 2001. Sur l’échelle des préoccupations planétaires, la question climatique, déjà mal en point après le retrait quelques mois auparavant de l’administration américaine du protocole de Kyoto, allait, sans aucun doute, être supplantée par la lutte contre le terrorisme.

Rapidement, des pays membres de la convention sur le climat proposent le report de la conférence. L’incertitude règne. Le secrétariat exécutif dirigé alors par M. Cutajar, actuel président du groupe de négociations du nouveau traité, n’était pas habilité à prendre de décision et ne pouvait pas se prononcer. Seul le pays hôte, le Maroc, devait décider. Il pouvait maintenir son accueil de la conférence, courant le risque de subir l’échec dans un contexte d’insécurité. Mais il pouvait aussi se désister, ou demander le report, courant le risque d’apparaître comme le pays qui cède au chantage des terroristes.

La décision, la bonne, a été prise : il fallait aller de l’avant. La conférence de Marrakech, qui a réuni plus de 5000 personnes, a bien eu lieu aux dates prévues. Plus que cela : la COP7 restera dans les mémoires et dans les textes comme la conférence qui a ouvert la voie à l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto, malgré le retrait de la principale puissance mondiale, responsable du quart des émissions de gaz à effet de serre.

Huit ans plus tard, que de chemin parcouru ! La science a apporté des preuves supplémentaires sur la menace climatique qui s’est hissée aux premiers rangs des priorités de l’agenda international et au top des préoccupations planétaires. Les dirigeants du monde entier en font une affaire politique majeure. Après le G20 de Londres, après le G8 en Italie en juillet, après le sommet de l’ONU réservé au climat le 22 septembre, le G20 de Pittsburgh, confirme la tendance. L’accord est obtenu pour se « diriger vers une croissance plus verte et plus durable », et donc plus sobre en carbone.

Plus précisément, dans leur communiqué final, les dirigeants du G20 ont décidé de ne ménager aucun effort « pour trouver un accord lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques de Copenhague. » Plus loin, le communiqué précise que « l’accord doit inclure l’atténuation, l’adaptation, la technologie et le financement. »

Mais tout en montrant le cap et en réitérant leur intérêt, ces mêmes dirigeants ont déçu : les engagements pris manquent de concret. Les décisions annoncées ne feront pas bouger les lignes et ne feront pas oublier l’enlisement que connaissent les négociations du nouveau traité. Durant les 70 jours qui nous séparent de la conférence de Copenhague, les experts négociateurs pourront difficilement passer de l’actuel texte qui fait plus de 200 pages avec des points de désaccords sur presque chaque ligne, à un traité cohérent et consensuel aux yeux des 200 pays membres de la Convention Climat.

Avec les annonces molles de Pittsburgh, les chances d’arriver à un accord à Copenhague se font de plus en plus minces. Malgré toute la bonne volonté affichée par l’Administration Obama pour arriver à inscrire dans la loi américaine l’engagement de réduction des émissions de Gaz à effet de serre, il lui sera difficile de souscrire à tout nouveau traité à Copenhague sans le feu vert préalable du Congrès.

Un texte de loi sur l’énergie et le climat sera bien présenté le 30 septembre au Sénat américain, dans une version proche de celle qui a été adoptée en juin par la chambre des représentants. Mais il est peu probable que ce texte soit adopté avant la fin de l’année, et, a fortiori, voté avant Copenhague. De surcroît, il est presque acquis que les sénateurs ne feront pas mieux que les représentants qui avaient décidé une réduction d’émissions trop timide et jugée inacceptable par la communauté internationale.

Dans ces conditions, il est difficile, et injuste, de venir demander aux pays émergents, notamment la Chine et l’Inde, de faire la moindre concession. D’autant plus que sur le point du financement, tant attendu par les pays en développement qui doivent s’adapter d’urgence aux effets néfastes du changement climatique, aucun engagement consistant n’a été annoncé par les pays riches responsables durant des décennies de l’accumulation des gaz qui a conduit à la situation actuelle. Pas plus d’ailleurs que sur la question de l’accès aux nouvelles technologies propres.

Mais il conviendrait de faire une autre lecture du Sommet de Pittsburgh. Le traitement de la question du climat est de plus en plus lié en réalité, au fond, au traitement de la question des énergies fossiles.

Dans le même communiqué du 25 septembre, les pays du G20 s’engagent à « éliminer progressivement et de rationaliser à moyen terme les subventions inefficaces aux combustibles fossiles tout en apportant une aide ciblée aux plus démunis. » Et le communiqué de préciser que «  Les subventions inefficaces accordées aux combustibles fossiles encouragent la surconsommation, restreignent notre sécurité énergétique, font obstacle à l’investissement dans des sources d’énergie propre et portent atteinte aux efforts de lutte contre le changement climatique ». Plus précis encore, le G20 demande aux « ministres de l’énergie et des finances de rendre compte à la prochaine réunion de leurs stratégies et de leur calendrier de mise en oeuvre afin d’honorer cet engagement essentiel. »

Obtenu à la demande d’Obama, cet « engagement essentiel », dont la teneur existait déjà en 1995 dans les recommandations du Groupe d’experts de l’ONU (IPCC), trouve son explication dans la prise de conscience de l’Occident du danger que constitue sa dépendance pétrolière à l’égard de pays considérés comme hostiles et nuisibles. Le manque d’étanchéité entre argent du pétrole et circuits terroristes a été souvent dénoncée, notamment lors de la campagne présidentielle américaine.

Cette décision s’appuie sur les études qui ont démontré que l’élimination de ces subventions pourrait réduire les émissions des gaz responsables du changement climatique de 10% d’ici à 2050. Mais il est évident que les préoccupations de sécurité et d’indépendance énergétique n’y sont pas étrangères.

De nouveaux gisements d’hydrocarbure sont régulièrement découverts, des stocks importants de pétrole sont constitués par les puissances économiques à la faveur de la crise, un prix du baril qui reste abordable : autant d’arguments qui sont avancés pour prédire de beaux jours encore au pétrole. Mais les leaders qui savent que l’âge de pierre ne s’est pas terminé à cause du manque de pierres, savent aussi que l’âge du pétrole ne se terminera pas que lorsqu’il n’y aura plus une goutte de pétrole ou de gaz. L’orientation est désormais prise. Le marché du carbone, la nouvelle fiscalité, les technologies propres, les énergies renouvelables, la voiture électrique, sont des pistes qui répondent aux questions politiques, économiques et environnementales du moment.

Dans le processus de négociation sur le climat, tous les habitués savent que le lobby le mieux constitué, le mieux formé, le plus présent est celui formé par les pays exportateurs de pétrole, sous la houlette de l’Arabie Saoudite. Dans la convention cadre sur le climat comme dans le protocole de Kyoto des articles spécifiques avaient été prévus pour répondre aux craintes de ces pays quant aux effets que ces accords engendrent sur leurs économies.

A Marrakech, les attentats du 11 septembre avaient indirectement poussé ce lobby à mettre en sourdine ses revendications destinées avant tout à retarder le processus.

Mais entre Marrakech et Copenhague, le climat a beaucoup changé.

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2 Responses to “Le Climat de Marrakech à Copenhague”


  1. 1 kamal el yacoubi

    Les gaz à effet de serre ne datent pas d’hier . Il faut remonter à la deuxième moitié du XIX ème siècle . Maintenant une cetaine élite est informée des dangers auxquels nous aurons à faire face …si nous continuons à vivre comme noue sommes entrain de le faire . Il y a lieu de commencer une certaine sensibilisation très pédagogique à l’échelle planétaire vis les mass media disponibles et accessibles ; et laisser le temps aux décideurs et aux savants et ingénieurs de faire leur devoir .
    Ce qui fait longtemps à venir fait aussi longtemps à disparaitre .

  1. 1 Twitted by MarocBlogs

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