De passage au Caire, je n’ai pas hésité à acheter le roman « Chicago » de Alaa El Aswany, dans sa quinzième édition.
D’abord, pour la librairie. En effet, Diwan, bookstore, situé dans le quartier « chic » de Zamalek, est un espace séduisant, où il est permis de lire, d’écouter de la musique tout en buvant son café sur des sièges confortables. L’auteur, ensuite. J’avais lu son premier roman : « L’immeuble de Yaacoubian » que j’avais bien apprécié, mais il fallait une confirmation.
Pas de surprise, pour « Chicago » comme pour le précédent, les mêmes ingrédients : la politique, la religion, le sexe. Les sujets tabous par excellence du monde arabe traités dans un style simple et souple, fait de suspense, d’histoires enchevêtrées, portées par de multiples personnages, minutieusement dépeints, vivant à Chicago, mais ne perdant rien de leurs habitudes : prières, cuisine, musique, tics linguistiques,…
Le sujet du roman ? Dans l’Amérique de l’après 11 septembre 2001, une conspiration contre le Raïss avortée à la dernière minute par la lâcheté d’un des protagonistes. Lâcheté : le mot est lâché. Churchill est cité par un des personnages pour affirmer que les peuples n’ont que les dirigeants qu’ils méritent. En l’occurrence, Moubarak n’est pas épargné par les critiques qui vont de la politique au physique. Son peuple est-il à son image ?
Protégé par sa notoriété, l’auteur qui continue d’exercer son métier de dentiste au Caire, sans être inquiété, a été un des fondateurs du mouvement « Kefaya » qui avait pour revendication la non candidature du Raïss Moubarak à l’élection présidentielle.
Il en faut beaucoup de dentistes romanciers opposants pour que le changement se produise, alors que tout est planifié pour que, comme cela fut le cas en Syrie, le fils Gamal Moubarak succède à son pére Housni.
En Egypte, pays de l’humour politique par excellence, une blague circule faisant fi de tous les contrôles, censure et interdictions. Un automobiliste est arrêté pour contravention. Mais le policier qui verbalise ne reconnaît pas le Raïss qui était sorti faire un tour incognito dans les rues de sa capitale, malgré toutes les allusions du conducteur. Arrive alors le chef qui, lui, le reconnaît et se tourne vers son subalterne pour le réprimander : « Quoi ? Tu ne reconnais pas Abou Gamal ? »






Comme toi tu résistais pour Céline, moi je résistais pour Aswany
J’avais vu le film Immeuble Youcoubian et je n’ai pas trop accroché. Du coup, je n’ai pas encore réussi à sauter le pas de Chicago et Yocoubian version livre.