Réforme au Maroc: allons au fond!

voile plageDans un article présenté sur ce Blog en trois billets (premier, deuxième, troisième), la question a été posée de savoir où en était le Maroc dans son processus de réforme.

Une manière en fait de s’interroger si la voie actuellement suivie, qui peut apporter quelques motifs de satisfaction immédiate, pouvait inspirer confiance et tranquillité sur l’avenir.

Entre temps la Banque mondiale a publié son rapport sur le monde des affaires (Doing Business 2010), classant le Maroc au 128ème rang, derrière la Tunisie (69ème) et l’Egypte (106ème) dont les régimes, certes, ne sont pas connus par un niveau très élevé de transparence, mais tout de même, le rapport mérite d’être pris en considération.

Malgré les justifications et les dénégations des pouvoirs publics marocains, le diagnostic de cette nouvelle édition reflète assez bien la réalité vécue par le commun des entrepreneurs locaux et internationaux. En attendant la publication, cette semaine, par le PNUD de son rapport sur le développement humain qui a par avance suscité des réactions virulentes du ministère des affaires étrangères (et curieusement pas de la part des autres départements concernés), la situation au Maroc ne pousse pas à l’optimisme.

Dans la presse anglo-saxonne, plus crédible et moins manipulable que son homologue espagnole ou française, les jugements sont dignes d’intérêt. Si le New York Times constate et attribue le ralentissement des réformes à la vague intégriste, le Guardian, de son côté, a publié une tribune qui qualifiait les réformes en cours de simple maquillage.

Dans le même temps, la Fondation Carnegie s’interrogeait sur les raisons qui font que les pays arabes étaient ceux qui avançaient le moins sur le chemin de la bonne gouvernance. Les chercheurs de cette institution concluaient au blocage désespérant dû à la mauvaise répartition des pouvoirs et à l’absence d’acteurs politiques capables de conduire le changement. Ceux qui sont en place ont tout pour y rester (ressources, forces de répression et de renseignement) et ceux qui s’y opposent n’ont ni message crédible et mobilisateur, ni capacité à faire le pont entre société et politique, entre présent et futur.

En fait, en y regardant de plus près, on s’aperçoit que trop d’énergie est dépensée pour étudier et faire reluire la surface, examiner et commenter les symptômes. Trop peu d’efforts, par contre, pour aller au fond des choses, pour identifier, comprendre et combattre les racines des maux qui produisent les défaillances que tout le monde dénonce.

Car le problème n’est pas tant de savoir que la corruption existe, ni que le clientélisme ou l’injustice sévissent, ni même qu’une minorité s’accapare les pouvoirs. Tout cela a été vécu à un moment ou un autre de l’histoire des peuples aujourd’hui avancés. Le problème est ailleurs.

Prenons l’exemple d’un match de football. Le plus grave pour une équipe n’est pas tant d’encaisser un but à la première minute. Le plus grave c’est bien plutôt de ne pas en comprendre les raisons et de ne rien faire pour renverser la situation à son profit, ou de se contenter de changer les maillots,  ou d’incriminer l’arbitre, au lieu de trouver les ressorts qui provoquent le sursaut de toute l’équipe.

Dans le cas du Maroc, ce qui est inquiétant c’est l’absence de dynamique vers un projet de société bien défini et mobilisateur de toutes les énergies. Ce qui est alarmant c’est que la machine de production de la médiocrité qui a mené à la situation actuelle soit toujours en marche et que rien ne soit entrepris pour l’arrêter définitivement. Ce qui est dangereux c’est que l’on ne tienne pas compte de l’assoupissement qui gagne la société, du renoncement des élites, du désir des jeunes de quitter…

Comment s’en sortir alors ? Le sursaut peut-il se produire?

La sortie du sous-développement ne se fera pas sans réforme profonde. La réforme profonde ne se fera pas sans transformation des mentalités. La transformation des mentalités ne se fait pas dans le confort du consensus…

Un prochain billet fera modestement quelques propositions destinées à alimenter le débat…

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10 Responses to “Réforme au Maroc: allons au fond!”


  1. 1 Mounir

    Très pertinent et objectif. Dans l’impatiente attente de la suite @Taha

  2. 2 kamal el yacoubi

    Aucune solution ne parait à portée de main . Sauf si l’on décide de tout arrêter pendant des années (ce qui est improbable ). Et déconstruire  » tout  » pour repartir sur de nouvelles bases . Si l’on ne peut changer les gènes , il faut changer les mèmes ( du Grec ,mimeme qui veut dire racine ) . Cette culture que nous sanctifions est à revoir . Il me parait que nos valeurs sont construites sur de fausses bases .Dans tous nos gestes et paroles quotidiens , tout est quasimment ambigu . Rien n’est clair et définitif . Nous avons toujours besoin d’un oracle .
    Je pense qu’il faut laisser les choses telles qu’elles sont , le temps et les effecteurs extérieurs feront le nécessaire puisque l’immobilité est instable .
    La racine de nos problèmes remonte à plus de XIV siècles …Il faut beaucoup de temps , beaucoup de volonté , beaucoup de persévérance , beaucoup de contrôle , beaucoup de rigueur , peut être même , beaucoup de procès , beaucoup de morts ,beaucoup de larmes ….cela ne vaut pas la peine . Classé 126éme ! Et aparès , où est le problème puisque tout le monde est heureux et souriant dans le plus beau pays du monde .

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